La liberté religieuse aujourd’hui

by on 週五, 16 七月 2010 評論

Le 7 décembre 1965, par 2 208 voix contre 70, le Concile adoptait la déclaration Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse. Le texte devait beaucoup à un théologien américain, John Courtney Murray. La méthode d’approche privilégiée par ce dernier représentait une innovation dans la pensée et la culture de l’Eglise : il s’appuyait fortement sur la tradition constitutionnelle américaine - distinction entre État et Église, dans leurs objectifs, leurs méthodes et leurs structures : théorie du gouvernement limité ; affirmation de la compatibilité de cette tradition constitutionnelle et de la philosophie politique d’inspiration chrétienne.

La déclaration conciliaire s’inscrit dans l’histoire, reconnaissant le désir croissant des individus d’agir en fonction de leurs options, de leurs responsabilités et de leur conscience. L’homme moderne souhaite « que soit juridiquement délimité l’exercice de l’autorité des pouvoirs publics.... Cette exigence de liberté dans la société humaine regarde principalement ce qui est l’apanage de l’esprit humain, et au premier chef, ce qui concerne le libre exercice de la religion dans la société».

La vérité de la religion chrétienne, poursuivent les Pères conciliaires, ne s’impose que par la force de la vérité même qui « pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » Option déterminée par la reconnaissance que la liberté religieuse est un droit : « Le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine. » Droit naturel, la liberté religieuse a vocation à s’inscrire en un droit civil, par des lois justes et tous autres moyens appropriés. « Le pouvoir civil dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux (…) Il n’est pas permis au pouvoir public... d’imposer aux citoyens la profession ou le rejet de quelque religion que ce soit, ou d’empêcher quelqu’un d’entrer dans une communauté religieuse ou de la quitter... À fortiori est-ce agir contre la volonté de Dieu... que d’employer... la force pour détruire la religion ou lui faire obstacle. »

La liberté religieuse de l’individu se développe en une liberté raccordée aux groupes religieux dès lors que les exigences de l’ordre public ne sont pas violées. D’une certaine façon, le Concile reconnaît déjà les limites à la liberté religieuse que pourraient nécessiter la lutte contre les dérives sectaires : « Dans les pratiques religieuses, on doit toujours s’abstenir de toute forme d’agissements ayant un relent de coercition, de persuasions malhonnêtes. »

D’une importance particulière est la partie de la déclaration qui médite sur la liberté religieuse à la lumière de la révélation : « La révélation découvre dans toute son ampleur la dignité de la personne humaine, elle montre en quel respect le Christ a tenu la liberté de l’homme dans l’accomplissement de son devoir de croire à la Parole de Dieu. » Liberté humaine qui se manifeste d’abord dans la liberté de l’acte de foi : « Le Christ notre Maître et Seigneur, doux et humble de cœur, a, dans la patience, attiré et invité les disciples. Certes, il a appuyé sa prédication et il l’a confirmée par des miracles, mais c’était pour susciter et fortifier la foi de ses auditeurs, non pour exercer sur eux une contrainte... Reconnaissant que de l’ivraie avait été semée avec le froment, il ordonna lui-même de les laisser croître l’une et l’autre jusqu’à la moisson, qui aura lieu à la fin des temps. » Exemple suivi par les Apôtres, attentifs aux faibles et pourtant capables de s’opposer avec force aux contraintes injustes édictées par les pouvoirs publics. Dans le cours de l’histoire, poursuit le texte, l’Église, respectueuse de la liberté de l’homme, revendique la même liberté pour elle-même. En même temps, elle demande aux fidèles d’agir envers ceux du dehors avec amour, prudence et patience.

La conclusion du texte déplorant que tant de pays ne respectent pas la liberté religieuse, s’inscrit dans un contexte historique précis. Nul doute que la situation des pays de l’Est ait été essentielle dans la façon dont l’Eglise a ainsi fondamentalement remaniée sa position quant à la liberté religieuse. L’une des faiblesses du texte est d’ailleurs de ne pas offrir une relecture de ses pratiques et positions au cours des siècles. La tâche était sans doute impossible à l’époque, mais elle a été poursuivie jusqu’aux déclarations de repentance de Jean-Paul II. Document novateur, le texte a sans nul doute nourri la réflexion à la source des textes juridiques ultérieurs (nationaux et internationaux) qui se mesurent avec la liberté de conscience, la laïcité, les limites du prosélytisme… Il a notamment fortement influencé la rédaction de l’Acte Final de la Conférence d’Helsinki (1975).

c_phiv_cemetery_pere_lachaise2Pour partie, le texte garde une actualité immédiate. De la nécessité de ses rappels et de ses combats témoigne par exemple l’encadrement sévère des groupes religieux en Chine au travers de pratiques en contradiction flagrante avec les principes de droit naturel et civil énoncés dans la déclaration. Les persécutions survenues au Soudan ou encore l’interdiction de conversion signifiée aux fidèles en droit islamique montrent assez que le clair et simple rappel des droits liés à la reconnaissance de la liberté de conscience demeure un impératif. En même temps, depuis 1965, les situations se sont considérablement modifiées et complexifiées : l’évolution des termes du débat sur la laïcité, le réveil de l’Islam, le développement des « nouvelles spiritualités et religions » (ou des groupes proprement sectaires), la sophistication croissante des manipulations idéologiques, une modernité plus « individualiste » encore dans ses aspirations qu’à l’époque de la rédaction du texte… tous ces développements devraient sans doute amener à déplacer des accents, revoir des formulations, introduire des développements nouveaux… Surtout, le texte a peut-être manqué d’une dimension proprement politique : pas de réflexion sur l’Etat moderne, lequel ne se veut ni chrétien «ni « païen », alors que c’est cette forme politique qui est spécifiquement en charge d’assurer et encadrer l’exercice de la liberté de conscience. Les normes régissant la participation de l’Eglise dans le débat politique de l’Etat moderne ne sont pas spécifiées, et elles poseront question au cours des décennies suivantes à l’occasion des débats sur l’école, la morale privée, le travail dominical… En bref, poser comme un principe indépassable la « dignité humaine », c’est énoncer une affirmation non seulement théologique et anthropologiques mais aussi proprement politique, et le domaine du politique est celui des médiations. L’ambiguïté et la diversité des situations politiques concrètes illustreront de façon récurrente à la fois la grande force et les points obscurs de Dignitatis humanae.

Reste l’intuition fondamentale, dont la force traverse et dépasse le texte : la liberté de l’homme participe de la liberté de Dieu. Pareil message est inséparable de l’ensemble de la bonne nouvelle proclamée par l’Evangile. Il fonde la place de l’Eglise dans le monde - l’Eglise tout à la fois servante et libre -, comme le combat poursuivi pour que la liberté de croyance reconnue à tous soit au fondement d’un dialogue vrai au travers duquel l’humanité poursuit sa quête.

(Photos by C.P.)

 

Benoit Vermander (魏明德)

Benoit Vermander lives in Shanghai. He teaches philosophy and religious anthropology at the University of Fudan.

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